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« Alors Jésus, qui enseignait dans le Temple, s’écria : « Vous me connaissez ! Vous savez d’où je suis ! » (Jn7,28).

Le contexte scripturaire de cette exclamation johannique est historiquement festif, théologiquement polémique et spirituellement instructif. Sur le plan historique et liturgique, l’évangéliste Jean, à partir du chapitre 7, nous montre Jésus, contre toute attente, monter à la fête juive des Tentes. Il n’est pas superflu de préciser que la fête des Tentes rappelait le séjour des Hébreux dans le désert. (Lv23, 42-43). Progressivement, elle devint une fête d’automne qui rappelle les vendanges. Son importance est si grande que l’historien Juif Josèphe Flavius en avait parlé comme « de la fête la plus grande et la plus sainte des Hébreux.» On se souvient que c’était à l’occasion de cette fête des Tentes qu’eut lieu la Dédicace du Temple de Salomon. (1R8,2) Des processions étaient organisées durant plusieurs jours. L’occasion était favorable pour demander la pluie et la grâce d’une bonne récolte. La foule descendait à la fontaine de Gihon qui alimentait la piscine de Siloé en rapportait l’eau dans un vase d’or pour la présenter à l’autel où elle était versée. Puis elle remontait portant dans la main droite le «loulab » (une palme souple), dans l’autre « l’étrog » (le citron). Ces précisons jettent une lumière nouvelle sur l’exclamation de Jésus dans le Temple. Il était venu, alors qu’au départ, il ne voulait pas s’y rendre. (Jn7, 1-7). Sur le plan théologique, l’évangéliste nous plonge dans la teneur des vives discussions qui agitaient la foule des pèlerins sur l’identité de Jésus. Alors que certains le tenaient pour Le Prophète, voire pour le Messie, d’autres, par contre, estimaient que le Messie ne pouvait être issu de Galilée. (Jn7,40-43). Ainsi, la foule était divisée à son sujet. C’est au cœur de cette foule que « des gens de Jérusalem disaient : N’est-ce pas lui que les autorités cherchaient à faire mourir ? Le voici qui parle ouvertement et personne ne lui dit rien. Nos autorités auraient-elles vraiment reconnu qu’il est le Christ ? Cependant celui-ci, nous savons d’où il est tandis que, lorsque viendra le Christ, nul ne saura d’où il est. Ayant entendu cela Jésus s’écria : « Vous me connaissez ! Vous savez d’où je suis ! ». (Jn7,28). Le texte est difficile à pénétrer en raison de l’état d’âme qui l’entoure. Selon certains exégètes, deux interprétations s’offrent à nous. La première est celle qui estime que le Christ confirme lui-même ce qui vient d’être dit par la foule des pèlerins, et signifierait : « En effet vous me connaissez bien » La deuxième interprétation, la plus largement partagée, s’appuie sur le malentendu spirituel propre à la plume de Saint Jean dont souvent l’Évangile célèbre le Mystère du Christ. Dans ce cas, cette exclamation voudrait dire que Jésus reprend : « la phrase entendue dans le peuple de manière ironique : Ainsi donc vous prétendez me connaître et savoir d’où Je suis ! » (C. TREMONTANT). Cette problématique de la connaissance du Christ traverse de part en part, comme un fil d’or, toute la toile des Évangiles. Souvenons-nous de la question de Jésus à l’adresse de ses disciples sur la route menant dans la région de Césarée de Philippe : « Au dire des hommes, qui est le Fils de l’homme ? ». (Mt 1613). Mais parfois cette question de « l’identité du Christ » change d’adresse et se loge dans l’étonnement émerveillé des Apôtres comme à l’issue de l’épisode de la tempête apaisée : « quel est-il celui-ci pour que le vent et la mer lui obéissent ? ». (Mt 8,27). Elle est loin d’être banale cette recherche. Car la connaissance du Christ est l’objet de la catéchèse, le cœur de la prédication évangélique, l’objectif de la mission, (Mt 28,19-20) la raison d’être de notre liturgie, (1cor 11,23-24), le socle de la formation, la clé de la vie éternelle. Car « la Vie éternelle, c’est qu’il te connaisse, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ. » (Jn 17,3).

QUI PEUT PRÉTENDRE ALORS LE CONNAÎTRE ?

Puisque dans tout l’Evangile, il est remarquable de voir que « l’attitude de Jésus s’enracine ailleurs que sa localisation. Sa personne, malgré sa fibre palestinienne, en dit plus long que la Bible. Son langage même, tout glorieusement araméen qu’il s’entende, passe bien au-delà de sa langue parce qu’il est issu bien en deçà d’Abraham, avant la fondation du monde. » (J. GROSJEAN).

QUI PEUT PRÉTENDRE ALORS LE CONNAÎTRE ?

Car connaître c’est remonter la source de l’être. Connaître, c’est assumer le signifiant et l’identifiant de l’Autre dans une exploration ontologique. Lorsque Jésus s’exclame dans le Temple en ces termes : « Ainsi donc vous me connaissez ! Il ajoute aussitôt : » Vous savez d’où je suis ? Je ne suis pas venu de moi-même. ». Venir donc, selon le Messie, c’est connaître et reconnaître qu’il faut « ad-venir» par un autre. Or le verbe est suscité pour donner mission et destination à chaque dire. Et le dire est toujours fonction d’un lieu de surgissement qui lui est antérieur et intérieur pour lui donner sens et consistance. Mais le lieu de surgissement n’épuise jamais les contours et les parcours du dire. Ainsi en est-il de Jésus, le Verbe du Père. (Jn1,1) . Voilà pourquoi, nous ne devons jamais cesser de nous remettre à « l’École » de Jésus, de continuer à méditer son parcours et son message, pour en extraire la substantifique moelle toujours nouvelle afin de nourrir et d’irriguer la polyvalence des lieux d’engagements nouveaux dans notre monde dont les ramifications sont multiples et mystérieuses : Justice. Solidarité. Liberté. Paix. Fraternité. Cultures. Vie par le Christ et dans le Christ.

Pour que fleurisse la vie nouvelle

Sur l’arbre de la pécheresse.

Pour que mollisse la horde vengeresse

Devant la Bonne Nouvelle.

Souviens-toi de Jésus à Jérusalem.

Puissance de silence.

Empêcheur du Pléonasme de la vengeance.

Pour que dansent les boiteux

Au concert des sourds-muets.

Pour que l’allégresse conjugale

Déborde son point d’orgue

Souviens-toi de Jésus à Cana

Puissance de générosité

Serviteur du Supplément de la fête.

Pour que s’ouvre la Table des cœurs

À l’hôte au creux des malheurs

Pour que s’évapore la peur

De l’autre au partage du Pain.

Souviens de Jésus à Emmaüs

Puissance de présence

Rédempteur de la redondance du désespoir.

Pour que brille la Compassion

Aux ténèbres de la Passion

Pour que chante l’Aurore

La Victoire de la Résurrection

Souviens-toi de Jésus à Golgotha

Puissance de l’humilité

Initiateur de l’Hyperbole de l’Amour

Père Jean Parfait CAKPO

« Alors Jésus, qui enseignait dans le Temple, s’écria : « Vous me connaissez ! Vous savez d’où je suis ! » (Jn7,28).
Tag(s) : #Catéchèse adulte

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